Le labyrinthe d'une vie - par Jean-Louis Poitevin

 

Je remercie Jean-louis Poitevin , pour son article que je publie sur cette page, 
avec son aimable accord



              Les voix du vent


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Le labyrinthe

   d’une  vie


                                                                       Apparition-detail-1996



Elle signe ses œuvres Macha. Elle est russe, fille d’artiste, petite fille de peintre, musicienne, elle fut comédienne et surtout chanteuse, avant de se consacrer à la peinture, exclusivement.


Ses chansons, des poèmes dans la tradition de VissotskI, elle les écrivait 
elle-même sur des musiques qui avaient une vitalité à vous bouleverser l’âme longtemps et les chantait le plus souvent lors de concerts clandestins. 
Elle savait déjà la magie des mots et des engagements qui font se rapprocher les gens, les peuples et les cultures.
Elle publia ses poèmes 
dans la revue  « Junost » et la revue « Znamia », les revues de littérature les importantes au moment de la
Perstroïka. En tournée, elle fréquenta les gens du voyage. Elle partageait déjà un peu de leur mode de vie et de leur singulière conception du monde.
Arrivée en France au début des années 90, elle va travailler, au début comme comédienne au Théâtre du Soleil, puis dans l’atelier de fabrication des décors et apprendre ainsi les techniques les plus variées dont elle se sert aujourd’hui dans son travail de peintre. Elle va aussi rencontrer Matéo Maximoff et lier sa vie à celle des roms en épousant un musicien manouche, comme si elle ne pouvait pas rompre avec cette part-là d’elle-même au moment où elle décidait de se
consacrer à la peinture.
À partir du début du nouveau millénaire, elle se consacre uniquement à la peinture, un langage qui lui permet de s’exprimer sans s’enliser en échappant aux pièges labyrinthiques de la langue, ou plus exactement en leur donnant une forme visuelle toute particulière.
Le plus important, pour Macha, c’est la liberté, celle qu’elle prend avec les
matériaux, avec les techniques, celle qu’elle se donne avec les thèmes qui hantent ses oeuvres. Car peindre, pour elle, n’est pas un geste voué à l’éphémère, mais au contraire, c’est un geste fait pour durer. Le monde complexe des visions et des émotions, une fois inscrit sur la toile ou le support en bois, doit pouvoir accéder à l’éternité que promet une maîtrise réglée de l’art. Cette maîtrise est l’une des caractéristiques du travail de Macha, la plus invisible pourtant, mais qui l’obsède car elle peint pour que ses œuvres traversent le temps



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                      Macha volodina-winterstein      Pêche aux trois Lunes-detail 2001
 


                        Figures du destin de l'homme


 
Ce qui se donne à voire dans les œuvres de Macha, c’est un monde, un monde complexe comme un château de rêve, mélangé comme une ville à la croisée des continents, brûlant comme un volcan de passions, riche comme un coffre rempli de symboles venant de toutes les cultures. C’est un chemin aussi, celui d’une méditation profonde qui vise à dire le destin de l’homme, sa plainte infinie, les dangers qui le dévorent et sa chance éternellement reprise, relancée, neuve.
L’un de ses premiers sujets, ce fut le papillon. Symbole aux racines chrétiennes, le papillon évoque et la crucifixion et la métamorphose. Il est aussi de l’âme éternelle le symbole le plus évident et disent certains visionnaires spécialistes de l’univers, la forme secrète du cosmos 


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                                Macha-Volodina-Winterstein  Le Regard,diptyque-detail 2004




Du papillon à l’ange il n'y avait qu’un battement d’aile  
Gardien de l’éternité, l’ange protège et annonce.Mais la teneur du message 
qu’il doit nous délivrer nous reste inconnue mais parce que c’est à nous
de faire advenir ce qu’au fond nous souhaitons.





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Macha Volodina-Winterstein  Le Veilleur-detail  2004


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                                                             Macha Volodina-Winterstein    Gardien d'Eternité-detail  2004






Les toiles de Macha sont pleines, elles débordent même de figures, de sujets
qui se mêlent, de figures qui se croisent, se redoublent, se répètent,
s’opposent et s’unissent dans de grands mouvements souples et aérien
Ce sont eux qui forment l’armature
de ces compositions subtiles et riches.
Les toiles de Macha sont pleines comme sont pleines les grenades
au moment de s’ouvrir.
Elle ne peut pas non plus oublier la musique et dans la musique ce qui est sans doute le plus important, la voix. La voix, dans ces tableaux, est double, c’est celle qu’elle entend dans le secret de son âme et c’est le message, celui qu’elle délivre à travers la complexité de ses œuvres.
Aujourd’hui, elle peint les hommes des villes assaillis par des dangers variés, plongés dans les troubles évidents, mais vivants, le plus souvent sans le savoir, 
dans la proximit de forces qui peuvent les aider, d’anges qui peuvent les sauver.



                            Forêts de symboles



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                      Macha volodina-Winterstein  Le Bateleur-detail 2003



Les œuvres de Macha sont comme ces forêts de symboles si chères à Baudelaire. 
On y voit le bien et le mal en leur combat sans fin, les anges et leurs doubles
nocturnes, les voix qui crient dans le désert et les oreilles qui n’entendent pas et devinent malgré tout que quelque chose parle, et il y a l’infini, signe de toutes les énigmes qui structure certaines toiles comme leur chiffre secret. 
On peut y voir un homme au violon qui bat le ciel de son archet magique, 
l’œil, celui du cosmos, celui d’un dieu absent qui pourtant ne renonce pas à toute forme de présence. 
On y voit aussi les villes, ces nouvelles demeures des hommes 
en proie aux doutes les plus violents et puis enfin les hommes, petits personnages perdus qui cherchent, écoutent, mais le plus souvent n’entendent
pas 
parce qu’il ne savent plus ni tendre l’oreille, ni inventer des chemins.
Les œuvres de Macha dessinent un portrait de l’homme d' aujourd’hui
parce qu’elles montrent le conflit qui existe en chacun de nous, 
entre ce qui aspire à l’éternité et ce qui est pris dans les filets du temps.
Et le temps pour Macha est multiple comme est multiple le vent 
qui hante ses derniers tableaux.



                              Les voix du vent




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         Macha-Volodina-Winterstein         Les Voix des Vents-detail 2005
 
                      


L’un d’eux a pour titre Les voix du vent, 
et ces voix en fait nous font aussi voir la voie, celle que trace entre les formes le feu d’une divinité qui se lève.
Il y a le vent de midi, celui de la chute et de l’extase, le vent de la nuit, 
celui de l’aube, celui du crépuscule. Et tous ces vents nous font sentir que le temps
est non seulement la figure de notre destin, le filet dans lequel il est pris, 
mais aussi la chance qui nous est donnée d’éveiller en nous les formes 
qui nous hantent. 
C’est cela que réalise Macha, dans ses tableaux, faire enter dans le visible
le monde complexe, trouble de nos désirs et de nos peurs 
et nous faire prendre conscience de la vie magique de nôtre âme. 
Alors nous les reconnaissons un à un, le soleil et son double, l’œil et le feu qui l’habite, l’ange et le papillon, le violoniste et son archet, le loup et le coq,
la lune et ses démons, la ville et ses filets tendus sur nous comme des labyrinthes, l’homme et ses faiblesses, l’homme et l’immensité de son destin. 
Ce que nous offrent les œuvres de Macha, c’est la possibilité 
de parcourir sans crainte des forêts qui nous hantent 
de plonger notre regard en elles, de nous y perdre mais en sachant 
que nous pourront cette fois aussi nous y retrouver.
Elle aussi, bien sûr accomplit ce chemin, elle le fait en jouant avec les symboles
qui hantent sa mémoire et qui hantent aussi la nôtre car ils sont,
de l’humanité entière, le véritable cosmos commun, car ils sont la chair réelle de ce monde des rêves auquel chacun prend part parce qu’il est celui
dans lequel tous nous vivons

Jean-Louis Poitevin - Avril 2007 .jlptk21@yahoo.fr




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                                Macha-Volodina-Winterstein                       Tour de manège-detail  2007

 

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  • : 10/01/2008
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